Le conte du tamlin

L'atelier Du Tamlin à Glandieu dans l'Ain (01) vous présente le Conte du Tamlin

TAMLIN

Janet sa robe a troussé
Un peu au-dessus du genou,
Puis sa natte elle a relevé
Un peu au-dessus de son front,
Et chez son père elle a couru
Aussi vite qu’elle a pu.

 

Quatre et vingt dames si belles
Allaient nager au bain,
Quand belle Janet s’en vint
Fleur jadis parmi elles.

 

Quatre et vingt dames si belles
Allaient jouer aux échecs,
Quand belle Janet s’en vint
Aussi verte qu’un lutin.

 

Alors vieux comte gris parla
Par-dessus le mur du château,
Et dit : « Hélas, Janet, pour toi,
Nous allons tous être blâmés. »

 

« Tiens ta langue, vieille grimace,
Que tu meures de male mort!
De toi jamais n’aurai d’enfant,
Qui je voudrai père sera. »

 

Alors son cher père lui dit,
D’une douce et gentille voix :
« Trois lois hélas, chère Janet,
Je crois qu’enfant tu as en toi. »

 

« Père, si je porte un enfant,
J’en porterai le blâme ;
De votre maison pas une âme
N’aura le nom de mon enfant.

 

Mon amour n’est pas de ce monde,
C’est un seigneur des elfes gris,
Et je ne donnerai ma vie
À nul seigneur que vous avez.

 

Le destrier de mon amour
Est plus léger que le vent,
Il est chaussé d’argent devant,
Derrière d’or étincelant. »

Janet sa robe a troussé
Un peu au-dessus du genou,
Puis sa natte elle a relevé
Un peu au-dessus de son front,
Elle est allée à Carterhaugh
Aussi vite qu’elle a pu.

 

Quand s’en vint à Carterhaugh
Tam Lin était au puits.
Son destrier seul s’y trouvait,
Mais de Tam Lin point.

 

Janet avait cueilli deux fleurs,
Deux roses à peine qu’arriva
Jeune Tam Lin qui lui dit :
« Dame, ne cueillez plus de fleurs.

 

Pourquoi Janet couper la rose
Si belle aux feuilles des buissons,
Et tuer ainsi le bel enfant
Que nous avons ensemble ?»

 

« O dis-moi, dit-elle, Tam  Lin dis-moi,
Pour l’amour de celui qui mourut sur le bois,
Si en sainte église jamais tu es allé,
Si tu as vu un jour la chrétienté ?»

 

« Roxbrugh, mon grand-père,
M’emmena au baptême,
Mais le sort voulut que ce jour
Un grand malheur tombât sur moi.

 

Car le sort voulut que ce jour,
Un jour de froidure et de pluie,
La chasse s’approchât de nous,
Et je tombai de mon cheval;
La Reine des Fées m’a pris,
Et sous sa colline emporté.

 

Pays heureux celui des fées
Mais, étrange est-il à raconter,

 

Oui, au bout de chaque sept années,
Nous payons tribut à l’enfer;
Je suis si beau et si bien fait
Que j’ai eu peur d’être envoyé

Atelier du Tamlin : le conte du Tamlin à Groslée-Saint-Benoit dans l'Ain (01)

 

Or cette nuit c’est le Sabbat
Demain, Dame, le jour des morts ;
Gagne-moi, gagne-moi, tu le peux,
Nous le pourrons car je le veux. ’

 

Juste au plus noir de la mi-nuit
Passe le peuple des esprits,
Qui veut gagner son bel amour
Dont se trouver à la Croisée de Miles.»

 

« Mais, Tam Lin, comment te voir
Comment revoir mon bel amour
Parmi tous ces chevaliers
Dont jamais je n’ai vu tels ? »

 

« Dame, laisse passer les noirs,
Puis laisse aller les bruns,
Cours vite auprès du cheval blanc
Et fais tomber son cavalier.

 

Car sur ce blanc destrier je serai
Et de la ville près je passerai ;
Jadis étant sur la terre un seigneur,
Ils m’auront accordé cet honneur.

 

Gantée sera ma destre, dame,
Ma main gauche sera nue,
Mon heaume relevé
Et mes cheveux dénoués,
Voilà les gages que vous donne,
Ne doutez pas que je sois là.

 

Dame, ils me mettront dans vos bras
Sous l’aspect d’une vipère,
Mais tiens-moi fort et ne crains pas,
De ton enfant je suis le père.

 

En ours alors me changeront,
En lion féroce et rugissant,
Mais tiens-moi fort et ne crains pas,
Tu pourras aimer ton enfant.

 

Dame, ils me mettront dans vos bras,
Brûlant comme armure rougie.
Mais tiens-moi fort et ne crains pas,
Aucun mal ne te ferai.

Enfin me mettront dans vos bras
Comme un feu dans la forêt,
Alors Jette-moi dans la source,
Oh oui, bien vite jette-moi.

 

Ton bel amour lors sera là,
Changé en un chevalier nu,
Ta cape verte me mettras
Pour me cacher à tous regards.»

 

Triste et sombre était la nuit,
Triste et sombre le chemin,
Belle Jenny au manteau vert,
Courut à la Croisée des Miles.

 

Vers le milieu de cette nuit
Elle entendit sonner des fers,
La dame en fut aussi ravie
Que d’un bruit de notre terre.

 

D’abord elle fit passer les noirs,
Ensuite elle fit aller les bruns,
Elle courut au cheval blanc
Et fit tomber son cavalier.

 

Bien se souvint de ce qu’il dit,
Et regagna jeune Tam Lin,
Puis le couvrit de son manteau,
Gaie comme au printemps l’oiseau.

 

Alors dit la Reine des Fées,
Dans une aubépine cachée,
« Celle qui a pris jeune Tam Lin
Aura un bien beau fiancé. »

 

Alors dit la Reine des Fées,
Femme des plus en colère :
« Honte et malheur sur sa face,
Qu’elle meure de male mort,
Celle qui a pris le plus beau
Des cavaliers de ma troupe.

 

Si j’avais su, Tam Lin, dit-elle,
Ce que je vois cette nuit-ci,
Je t’aurais pris tes deux yeux gris
Et t’aurais mis deux scarabées. »

Cecile Barassi


Ballades populaires d’Angleterre et d’Ecosse

Francis James Child

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